Les Canadiens se préparent aux véhicules électriques chinois avant les réductions tarifaires

Une majorité de Canadiens affirment qu’un véhicule électrique (VE) fabriqué en Chine n’aurait aucune incidence sur leur décision de l’acheter, selon un nouveau sondage du Nanos Research Group, marquant un net renversement par rapport à 2024, où 61 % d’entre eux disaient qu’ils seraient moins susceptibles de le faire. Seulement 28 % déclarent désormais que l’industrie manufacturière chinoise les découragerait, contre 61 % il y a un an, tandis que 15 % affirment que cela les inciterait activement à acheter, contre 9 % en 2024.

Le sondage a atteint 1 009 répondants et a été réalisé fin janvier, peu de temps après l’annonce du premier ministre Mark Carney selon laquelle le Canada autoriserait jusqu’à 49 000 véhicules électriques chinois par an sur le marché à un taux tarifaire de 6,1 %, en baisse par rapport au prélèvement de 100 % introduit sous Justin Trudeau en 2024. Cette mesure antérieure visait à aligner le Canada sur la politique commerciale américaine, mais la Chine a répondu en imposant de lourdes taxes de rétorsion sur les exportations agricoles canadiennes, y compris le canola. Le nouvel arrangement inverse la tendance : en échange de la réduction tarifaire, Pékin a accepté de réduire ses prélèvements sur les produits agricoles canadiens.

Le quota comprend une disposition réservant une partie de l’allocation annuelle aux véhicules dont le prix est inférieur à 35 000 $ CA (25 700 $ US), ce qui s’aligne sur une initiative plus large du gouvernement visant à améliorer l’abordabilité des véhicules électriques. Le Canada a également rétabli un incitatif à l’achat allant jusqu’à 5 000 $ CA (3 670 $ US) pour les véhicules électriques inférieurs à un seuil de prix de 50 000 $ CA (36 700 $ US), bien que le rabais ne s’applique actuellement qu’aux véhicules construits au Canada ou dans les pays signataires d’un accord de libre-échange – en d’autres termes, bloquant l’accès aux véhicules électriques d’origine chinoise.

Au moment de la rédaction de cet article, BYD est le seul grand constructeur automobile chinois actuellement autorisé à importer des voitures particulières au Canada, bien que Chery ait été signalée comme un des premiers entrants potentiels sur le marché. Volvo Cars, soutenu par Geely, ferait également partie de ceux qui cherchent à se qualifier pour une partie du quota de 49 000 unités.

Le sondage reflète une tendance observée dans d’autres régions où les constructeurs automobiles chinois ont récemment fait leur entrée sur le marché et ont lentement conquis les consommateurs incertains. Peut-être que nulle part ailleurs cette tendance n’est mieux représentée qu’au Royaume-Uni : jusqu’en 2026, les entrants chinois représentaient au total environ 10 % de toutes les ventes de véhicules neufs, dont la quasi-totalité étaient des véhicules électriques ou hybrides, soit environ le double de leur part de marché en 2024. BYD et Chery ont mené la charge, avec le dernier se distinguant comme le constructeur automobile à la croissance la plus rapide du pays. Elle est entrée au Royaume-Uni en 2024 avec la marque Omoda, avant de suivre avec la marque Jaecoo et la marque titulaire Chery jusqu’en 2025. Une quatrième marque, Lepas, est prévu pour 2026.

Au Canada, cependant, l’opposition s’est fait entendre. Le chef conservateur Pierre Poilievre, qui a perdu contre Carney lors d’une élection bouleversée en 2025, a qualifié les véhicules électriques chinois de « systèmes de surveillance itinérants », tandis que le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, les a qualifiés de « voitures espionnes ». L’Association canadienne des constructeurs de véhicules, qui représente les constructeurs automobiles mondiaux ayant une empreinte de production nationale, a averti que les véhicules connectés présentent des risques pour la sécurité nationale comparables à ceux attribués à TikTok et Huawei.

Au-delà du marché de consommation, l’objectif à long terme d’Ottawa est d’attirer les investissements chinois dans la fabrication automobile canadienne, la ministre de l’Industrie, Mélanie Joly, exprimant sa préférence pour les coentreprises entre les entreprises chinoises de véhicules électriques et les partenaires canadiens pour produire des véhicules destinés à la vente au pays et à l’exportation.

Sans surprise, la position du gouvernement est compliquée par la situation des États-Unis. pression… en effet, le Canada demeure le plus grand marché d’exportation pour les véhicules fabriqués aux États-Unis. Le président Donald Trump a également menacé d’imposer de nouveaux droits de douane de 100 % au Canada s’il poursuivait le programme de réduction des droits de douane. Le pays a également connu un bilan mitigé en matière d’investissements chinois dans l’automobile, y compris la sortie de BYD d’un accord de fabrication d’autobus à Toronto auquel il avait souscrit en 2019.