Mazda a confirmé qu’elle suspendrait la production de véhicules à destination du Moyen-Orient jusqu’en mai au moins, réorientant sa capacité de production vers des véhicules à destination des marchés européens et américains afin de maintenir la production globale. Les exportations vers la région avaient déjà été interrompues en mars suite à la fermeture effective du détroit d’Ormuz ; la suspension de la production officialise un ajustement déjà en cours.
À l’heure actuelle, les usines japonaises de Mazda produisent environ 30 000 véhicules chaque année pour les marchés du Moyen-Orient, le SUV CX-5 étant l’un des principaux modèles concernés. Pendant la période concernée, le constructeur automobile adaptera sa production vers les modèles et variantes préférés des consommateurs occidentaux. Pour juin et au-delà, la société a déclaré qu’elle prendrait des décisions flexibles en fonction de l’évolution des conditions, ce qui revient essentiellement à admettre que la situation dans le Golfe reste très volatile.
Mazda n’est pas le seul à s’adapter à la fermeture, que ce soit parmi ses cohortes japonaises ou à l’étranger. Subaru, par exemple, a interrompu ses exportations à destination du Moyen-Orient le 1er avril. Toyota, dont le volume au Moyen-Orient dépasse celui de ses concurrents nationaux – environ 520 000 véhicules vendus dans la région en 2025 – a commencé à réduire sa production de Land Cruisers et d’autres modèles régionaux en mars, et une nouvelle réduction est prévue pour avril. Au total, l’industrie japonaise a exporté plus de 870 000 véhicules vers les marchés du Moyen-Orient en 2025 ; une fermeture prolongée supprime une base de demande importante et bien établie de la planification de la production à court terme.
La perturbation du transport maritime en est la cause immédiate, mais les facteurs économiques sous-jacents ont considérablement aggravé le problème. Les assureurs maritimes ont fortement augmenté les primes de risque de guerre pour les navires transitant par le détroit, et plusieurs grands transporteurs, dont Hapag-Lloyd, Maersk et MSC, ont suspendu les transits quelle que soit la position diplomatique officielle.
Les conséquences indirectes s’étendent au-delà des routes d’exportation elles-mêmes. Le Japon importe environ 90 % de son pétrole brut, en grande partie auprès de producteurs du Golfe dont les infrastructures d’exportation dépendent fortement de l’accès au détroit. La hausse des coûts des intrants énergétiques affecte pratiquement toutes les étapes de la fabrication automobile : production d’acier et d’aluminium, ateliers de peinture, usinage des groupes motopropulseurs, ce qui ajoute une pression sur l’économie unitaire dans l’ensemble de l’industrie, et pas seulement pour les constructeurs automobiles directement exposés aux exportations du Moyen-Orient.
La reprise par Mazda de la production à destination du Moyen-Orient en juin dépendra en fin de compte de la stabilisation des conditions d’expédition. Un cadre de cessez-le-feu impliquant une réouverture temporaire du détroit a été discuté mais aucun accord n’a été trouvé. Pendant ce temps, le président américain Donald Trump semble faire tout ce qui est en son pouvoir pour prolonger et aggraver l’instabilité : le 7 avril, dans une publication sur les réseaux sociaux, le président a promis, en référence à l’Iran, que « toute une civilisation mourrait ce soir ».